Compte-rendu
 

  

Les télécommunications libéralisées
14 juin 2001
     Château de Colonster
Exposés de :
- Mme STRAUS (Cabinet KUBLA)
- M. DENEF (IBPT)
- M. DELFORGE (Consutant)
- Mme JACOBS (Beltug)
- M. PREVOST (La Précision Mosane)

 

 

Trois ans après le lancement du processus de libéralisation du monde des télécoms, force est de constater que tous les projets n'ont pas abouti et que certains plans initiaux ont du être revus.

Dans ce contexte, le FORUM TELECOM a décidé de consacrer le séminaire de clôture de la cinquième saison du Forum, à ce thème plus que mouvant. Spécialistes et utilisateurs ont ainsi fait le point sur les changements passés, la situation actuelle et les évolutions à venir du marché.

 

Multiplication de l'offre en télécommunication et extension des fibres optiques aux zonings.

Mme STRAUS, Chef de cabinet adjoint du Ministre Serge KUBLA.

Pour introduire ce tour d'horizon des télécommunications libéralisées, Mme STRAUS nous a exposé les initiatives du Gouvernement wallon et du Ministre KUBLA visant à aider les entreprises de la région à exploiter les TIC. Globalement, tout d'abord, l'augmentation de la disponibilité d'infrastructures télécom, la multiplication des offres de services et le développement de contenus à valeur ajoutée sont trois axes prioritaires du gouvernement.

Mme STRAUS a rappelé que les pouvoirs publics ont mission de promouvoir l'accès Internet et particulièrement celui à haut débit. Malheureusement, l'offre à ce niveau reste limitée et chère. Ainsi, une étude a été lancée par le MET dans le but de raccorder, en fibre optique, un maximum d'entreprises en un minimum de temps. Cette action doit toucher les zonings industriels où l'offre privée fait défaut (pour une présentation plus détaillée de ce projet, consulter le compte-rendu de la réunion des membres du 31/05/01).

Le Gouvernement wallon a de plus décidé de confier à la SOFICO la valorisation de la partie inutilisée du réseau fibre optique du MET afin d'offrir le haut débit à des tarifs attractifs.

Le Ministre KUBLA souhaite également aider les PME en implantant un incubateur TIC en Région wallonne. Cette infrastructure pourra accueillir les entreprises (spin off, start up,…) dont les projets TIC nécessitent un encadrement protecteur pour une période limitée.

Le dégroupage de la boucle locale (ULL) et l'accès radio (WLL) ont aussi été abordés et présentés comme des éléments nécessaires à la création d'une véritable concurrence entre opérateurs. Cependant, la concrétisation de ces deux projets en 2001 est entravée pour des raisons légales mais aussi par la lenteur de l'opérateur historique. 

Mais Internet à haut débit peut également passer par le câble. Et les choses bougent aussi à ce niveau. Ainsi, la question de l'Open Access (obligation pour les câblo-opérateurs d'ouvrir leurs réseaux aux opérateurs de chaînes de télévision à péage et aux fournisseurs d'accès à Internet tiers) est actuellement en discussion en Belgique.

Et de conclure que la libéralisation des télécommunications et l'accès aux TIC restent, aujourd'hui encore, un souci majeur du Gouvernement wallon.

 

Le développement actuel du marché des télécommunications.

M. DENEF, Directeur de l'I.B.P.T.

 Selon l'actualité économique, le marché des télécoms ne serait pas des plus florissants : des opérateurs cessent leurs activités, d'autres sont en difficulté. Malgré cela, on observe l'arrivée régulière de nouveaux opérateurs (113 acteurs supplémentaires par rapport à 2000). Les chiffres montrent cependant que Belgacom demeure, dans ce contexte concurrentiel, l'opérateur le plus puissant du marché.

En abordant le marché sous l'angle des consommateurs, on constate que :

  • La Belgique présente moins de lignes fixes par habitant que la moyenne européenne. On peut en conclure que le secteur est sous-utilisé et qu'un développement est encore possible ;

  • les lignes mobiles sont, par contre, plus nombreuses mais 60% des consommateurs mobiles utilisent des cartes pré-payées ;

  • les connexions Internet à haut débit sont sous-exploitées par les entreprises, les connexions privées sont majoritairement gratuites et 46% seulement de ces connexions sont activées (utilisées au moins une fois dans les 2 derniers mois).


La concurrence

L'accroissement de la concurrence dans le secteur des télécoms est la mission prioritaire de l'IBPT ; différents facteurs peuvent y contribuer.

Tout d'abord, la concurrence peut être favorisée par le dégroupage de la boucle locale. Trois types de dégroupage sont encadrés par la réglementation :

1.       dégroupage total de l'accès à la boucle locale : l'opérateur alternatif prend en charge la voix et les données ; le OLO rétribue Belgacom pour l'utilisation de ses lignes ;

2.       partage de l'accès à la boucle locale : Belgacom conserve la gestion de la partie voix ; pour la partie "Data", le OLO installe ses propres équipements chez le client ;

3.       fourniture de l'accès à un débit binaire (partie voix dédiée à Belgacom) ; pour la partie "Data", les équipements de Belgacom sont chez le client, le OLO intervient en aval.

Ces différences influeront surtout sur le degré de liberté de l'opérateur alternatif (plus ou moins dépendant de l'ex-RTT). Force est de constater que nous sommes loin des avancées programmées au lancement de cette initiative (prévision de dégroupage de 30 000 lignes en 2001 contre environ 600 à l'heure actuelle).

La boucle locale radio est une autre possibilité de concurrence. En février de cette année, 4 licences ont été accordées par l'IBPT. Aujourd'hui, seuls deux opérateurs effectuent des déploiements dans le but d'exploiter cette technologie, dont Belgacom… En février 2002, il est prévu que l'IBPT vérifie le respect des engagements pris par ces quatre licenciés.

Trois licences UMTS ont été accordées récemment. Le plan de l'IBPT prévoyait que les réseaux soient développés 18 mois après l'octroi des licences, soit vers la mi-septembre 2002. Ce programme paraît à présent difficile à respecter eu égard à la non-disponibilité d'équipement UMTS sur le marché. Mais une quatrième licence UMTS est toujours disponible. Les conditions d'attribution de celle-ci restent à définir.

L'utilisation facilitée des codes d'accès et l'application de la portabilité des numéros de téléphone sont également des vecteurs de concurrence. Mais ces possibilités génèrent actuellement des tensions entre les opérateurs. On envisage ainsi de développer un code de conduite afin de réglementer le Win-back (récupération d'un client par Belgacom après passage à la concurrence) sans l'empêcher. La portabilité des numéros mobiles pose aussi des problèmes notamment au niveau des différences de tarifs entre opérateurs. En effet, le numéro mobile ne reflétant plus l'opérateur auquel il se rapporte, le coût des communications ne pourra être connu. Ainsi, cette portabilité des GSM ne pourra entrer en vigueur au 1er janvier 2002 comme prévu mais, dès cette date, un système de messages gratuits informant du changement de numéro sera imposé aux opérateurs.

L'actualité récente du secteur des télécoms a vu deux autres atouts au développement d'un marché concurrentiel. Le premier est la révision, au 1er juin 2001, de la part de Belgacom, des tarifs des lignes louées. Les prix seront calculés selon 4 zones tarifaires :

- Zone 1 : Bruxelles, Anvers

- Zone 2 :   Bruges, Liège, Charleroi, la côte

- Zone 3 :   Hasselt, Namur, Hainaut occidental

- Zone 4 :   autres régions

L'IBPT doit maintenant examiner la compatibilité du changement de prix avec le cadre réglementaire. L'institut a également réagit directement en annonçant une diminution de 30% de la redevance de ses faisceaux hertziens au 1er janvier 2002.

NB : pour plus de détails à ce sujet, consulter le site de l'IBPT : http://www.ibpt.be/Actualites/Communications/m47.htm

Le second point doit permettre une réduction des coûts de communication d'interconnexion de Proximus. Celui-ci a été déclaré SMP (Signifiant Market Power), ce qui l'oblige à fonder ses prix sur ses frais réels. Un avis de l'IBPT est attendu à ce sujet afin que ces nouveaux tarifs permettent aux autres opérateurs de s'aligner sans les anéantir financièrement

Enfin, Monsieur DENEF a conclu en rappelant qu'une consultation a eu lieu en avril dernier concernant la réforme du statut du régulateur.


La boucle locale radio : une solution alternative pour les PME.

M. DELFORGE, Consultant.

 
Le Wireless Local Loop est une solution alternative aux lignes louées de Belgacom : la liaison "dernier kilomètre" se fait alors par onde radio. Le WLL vise principalement les bureaux et les grosses entreprises. En effet, la mise en place de liaisons sans fils est coûteuse car soumise à une licence à l'IBPT. A cela peuvent s'ajouter des contraintes urbanistiques dues à l'emplacement de l'antenne. Par contre, la phase d'installation est très courte (car sans pose de câble).

Il existe deux grands types de configurations du WLL : le "point à point" et le "point à points multiples".

Configuration point à Point

Ce système est principalement intéressant pour les gros utilisateurs et les immeubles de bureaux. Il permet un taux de transfert de 8 à 155 Mbps avec une disponibilité du lien de 99,95 %.

Les aspects négatifs de ce type de connexion sont tout d'abord son coût (4 millions de BEF pour câbler un immeuble + 100.000 BEF par an et par licence hertzienne). Ensuite, les antennes des points A et B doivent "se voir" (ce qui impose une limite de distance) et leur liaison nécessite un avis de l'IBPT. Par après, l'ajout éventuel d'un point C requière un second avis du régulateur.

Configuration point à points multiples

Les inconvénients sont les mêmes que pour la solution précédente mais, par contre, cette technique permet de connecter plusieurs points. En effet, une antenne scrute un spectre où peuvent se situer plusieurs autres émetteurs. Cette configuration est adaptée pour les plus petits utilisateurs (ou des zonings, par exemple) puisque la bande passante ne dépasse pas dans ce cas les 8 Mbps.

D'autres avantages de ces solutions Wireless sont à noter : la bande de fréquence est sous licence, les actes de piraterie sont donc punissables ; les sites clients sont monitorés en permanence.

L'opérateur WLL propose de plus un éventail de prestations complémentaires :

  • services Data ;

  • services Voix ;

  • services Internet (les mêmes services qu'un ISP traditionnel mais avec un accès Internet permanent) ;

  • réseau virtuel privé (VPN), même si les autres connexions se font par liaisons classiques ;

  • services Firewall (nécessaire vu la liaison permanente à Internet).

En Belgique, les acteurs de ce marché sont actuellement au nombre de 4 : Belgacom, Winstar Communications, Formus Telecommunications et LandTel Belgium qui ont chacun obtenu de l'IBPT une licence point à multipoint.

Le point de vue des utilisateurs professionnels.

Mme JACOBS, Directrice de BELTUG.

Le Belgian TC Users Group est une association regroupant les utilisateurs professionnels venant de tous les secteurs économiques (essentiellement des entreprises de plus de 1000 personnes). BELTUG remplit principalement trois missions : la représentation (des utilisateurs auprès de Belgacom, de Platform Operators, de Febeltel et de l'IBPT) ; l'information (de ses membres) ; la favorisation des échanges (par des forums, des plates-formes de rencontre, etc.). L'association est cofondatrice de DNS et de TMAB et se fait le relais de ses membres au niveau international.

Chaque année, BELTUG réalise une enquête auprès de ses membres dont les conclusions sont éditées dans leur Position Paper annuel. En 2001, 106 sociétés ont été invitées à donner leur opinion sur 23 critères et ont fourni 202 évaluations sur les opérateurs fixes. 

Le premier constat de cette enquête montre que 51% du budget Télécom des sociétés est alloué aux communications fixes, 21% sont consacrés au mobile et les 28% restants vont aux lignes louées

Les opérateurs fixes

Pour 73% des sociétés interrogées, Belgacom reste l'opérateur principal (NB : ce pourcentage était de presque 100% en 2000). Ensuite, Worldcom est l'opérateur alternatif le plus cité (suivi par BT Ignite, Colt et Telenet) ; la majorité des entreprises utilisent plus d'un opérateur.

L'enquête démontre que, pour les opérateurs fixes, les problèmes sont surtout liés à la facturation et aux services à la clientèle. Ainsi, 75% des membres considèrent que les factures sont difficiles à déchiffrer. BELTUG a d'ailleurs obtenu de Belgacom le détail électronique des factures. Des pourparlers sont également en cours avec l'opérateur historique afin de mettre en place un layout international et ainsi standardiser la présentation des factures électroniques.

Les communications mobiles

Les communications depuis et vers les GSM représentent une part importante du budget télécom des entreprises. Les membres de BELTUG pointent à ce propos les tarifs élevés des appels internationaux et la difficulté de mise en place de la portabilité (à cause des tarifs différents selon les opérateurs). De même, l'édition d'annuaires pour les numéros mobiles est difficile, Orange et Mobistar étant sensibles à divulguer leur base de données clients à Belgacom. 

Les entreprises interrogées ont aussi soulevé la question du GPRS. Si Proximus et Mobistar ont déjà lancé des services GPRS, des incertitudes subsistent notamment en ce qui concerne la qualité du service, la véritable vitesse de transmission, le roaming et les prix (basés sur le volume de l'information et non plus sur la durée) des abonnements.

D'une manière générale, le succès de Proximus auprès des sociétés membres est indéniable (80% de part du marché). Ce succès pourrait notamment être dû au fait que les grandes entreprises se sont lancées dans le mobile dès ses origines, alors que Proximus était le seul acteur de ce marché. Mais les membres jugent, de plus, les performances de Proximus légèrement supérieures à celles de Mobistar. 

Internet

On constate actuellement dans ce secteur une diminution des tarifs de connexions large bande et la multiplication des solutions flat rate (proposant un tarif mensuel fixe).

Afin de dynamiser le marché, BELTUG insiste sur l'importance de mettre en place le Collecting model (une seule facture pour les frais de communication et les services proposés), condition sine qua non pour permettre une véritable concurrence entre ISP au niveau des tarifs.

Les connexions Internet des grandes entreprises se partagent principalement entre trois ISP : Uunet (35%), Eunet (10%) et Skynet (22%). Du point de vue de la qualité des services, les fournisseurs d'accès sont classés dans l'ordre (régressif) pré-cité, Skynet présentant le plus de problèmes.

Après l'édition de ce Position Paper, l'association des utilisateurs professionnels prévoit la publication d'un rapport détaillant les 23 critères abordés par l'enquête. BELTUG prépare en parallèle l'élaboration d'index reprenant l'évolution des différents types de tarifs (nationaux fixes – mobiles – lignes louées). Des travaux sont en cours dans cet objectif, en collaboration avec les opérateurs concernés.  

La libéralisation sur le terrain : témoignage.

M. PREVOT, Directeur de La Précision Mosane.

Monsieur Prévot, membre du FORUM TELECOM, est venu nous présenter les avantages que sa société a tiré de la libéralisation des télécoms et de la concurrence que celle-ci a engendré.

En s'intéressant aux propositions des opérateurs alternatifs, M. Prévot a établi des contacts avec Phone Plus qui lui proposait de ne payer que les communications (sans frais fixes) à un taux inférieur à celui de Belgacom. Cet abonnement s'est concrétisé, pour la société, par une réduction de 40% des coûts dévolus aux communications fixes.

Au vu de cet avantage non négligeable, M. Prévot s'est inquiété de ses frais liés à Internet. Il a ainsi pu remplacer son contrat avec Eunet par un accord avec Reality Media qui s'occupait déjà de la réalisation du site de La Précision Mosane. Par la suite, la société est passée sur le câble (TélédisNet), bénéficiant ainsi d'une connexion permanente à un tarif mensuel fixe encore plus avantageux.

La situation a encore été améliorée avec l'intervention de l'UNAMEC, association regroupant tous les fournisseurs d'implants belges (secteur d'activité de La Précision Mosane). Le groupe a pris des contacts avec plusieurs opérateurs pour faire jouer la concurrence et obtenir des tarifs préférentiels en fonction de l'importance du package des communications que représente l'ensemble de l'association.  British Télécom a présenté l'offre la plus intéressante.

Tous ces changements se sont concrétisés par une baisse significative des factures, notamment concernant les appels fixes : environ 15.000 BEF/mois chez Belgacom au lieu de 9.000 BEF/mois avec Phone Plus et 6.000 BEF/mois pour British Télécom.

Parallèlement à cela, les abonnements GSM de la société sont passés chez Mobistar au lieu de Proximus.

En ce qui concerne les problèmes rencontrés, M. Prévot regrette que les renseignements diffusés par les différents (câblo-)opérateurs soient principalement commerciaux et pas suffisamment informatifs.

De plus, le processus d'automatisation du code de présélection n'a été mis en place par Belgacom qu'en mai, alors que la demande avait été déposée quatre mois plus tôt par La Précision Mosane. Beaucoup de démarches ont été requises, ce qui donne l'impression que le client subit des freins lorsqu'il désire changer d'opérateur.

Ces considérations mises à part, aucun problème de fonctionnement n'est à remarquer tant au niveau des opérateurs alternatifs que de la connexion par câble. M. Prévot se dit donc entièrement satisfait de ses récents changements. La libéralisation, et de ce fait l'introduction de la concurrence, a permis à la Précision Mosane de faire des économies et d'augmenter la qualité des services télécoms dont elle bénéficie.


 

(c) FORUM TELECOM SPI+